"Files moi vingts balles" Mary est accoudée à sa table en plastoche, occupée par trois-quart par ses gros seins.
Son fils à qui elle s'adresse ne les lui donne pas. C'est un bonhomme de huit ans, et merde elle a qu'à gérer ses thunes, elle l'emmerde c'est pas son jour.
Dans une autre pièce au même moment, un autre gamin a fermé les yeux si forts que la fenêtre en face de lui est sortie de ses gonds pour aller s'écrouler de toute sa lourdeur de vitre à la con, sur le parquet de maman qui exposait les vertues du brocoli , parabolant subtilement chaque guillemets.
Derrière la ruelle j’aperçois je crois les volutes d’une
fumée imaginaire
Je racle mes pompes depuis longtemps elles ont déteint sur
les rues et je crois
Pouvoir reconnaître entre milles émanations celle du figuré.
En passant le voile de part en part je décroche du faux et
invente un vrai.
Des monstres de milles couleurs fluos dépassent sur tout ce
qu’ils touchent, s’extirpant des bagnoles qui passent en fond, faisant corps
avec les tubes de métals chauffés à blanc, un zoo d’abomination sur le périph et
dans le plus grand des bordels.
De la Garonne bientôt des centaines de paires de bras
s’agrippent au rebord, une mallette cadenassée à un poignet, pour faire
apparaître en fondu enchainé, de sympathiques hommes de mains chauves en
costard cravate, visiblement pressé et gêné par la situation, qui une fois
sorti du bain reprennent leur marche, concerné.
Dans le métro l’apesanteur humide des corps aux squelettes
traités à l’agent blanchissant. Suspendu à même le sol, on peut voir au
travers, mais ça donne mal au crâne.
Il ne me reste une cigarette et le filtre bleu du matin me
rappellent ceux d’hier soir.
Je vais écrire et j’écrirais jusqu’à ce que l’écrasement de
mes doigts sur les touches du clavier les fasse saigner, du rouge le plus
profond et le plus noir qui soit. Je vais écrire jusqu’à ce que la moindre once
de fatigue pénètre mon intérieur et alors je pourrais m’imaginer être mort
d’écriture.
J’ai bien essayé par d’autre moyen, mais ça fait trop mal, c’est trop
technique, c’est impossible.
Et alors quand bien même il ne restera que quelques une de
mes phalanges je continuerais de frapper. Et quand je n’en serais qu’à un
résultat brouillon de moignon, comme ceux que taillent les internes en médecine
pour leur première fois, je frapperais, de tout mon long, le crâne en avant,
sur ce putain de clavier. Et ainsi, je continuerais d’écrire.
On sera bientôt en capacité de se déplacer où bon nos yeux
nous emmènent. Tu te couches dans l’herbe un soir d’été et tu fixes l’espace.
Et là, boum, t’es dans l’espace. T’imagine le truc ? On peut tenir un
certain temps dans l’espace. Quelques minutes plus ou moins. Alors ça te donne
le temps, pendant que tes yeux sont encore dans leur orbite, et que toi-même tu
es encore en orbite, de revenir à un endroit plus clément, comme une côte
française, toujours en été.
Et c’est à ce moment-là, quand nous aurons triomphé de la
mort, quand nos paroles résonneront dans la tête de tous les autres êtres
humains avant même qu’ont les aient formulées, quand l’espace se résumera à nos
yeux, quand ni la nature, ni ce qu’elle ait pu nous donner à boire, n’aura pas
été remplacé par quelque chose d’humain, c’est à ce moment-là que nous serons
heureux. Je suppose. Enfin c’est ce que nous voulons, non ?
C’est bien là l’intérêt d’une telle machine, pas vrai ?
Une victoire triomphale de l’homme rebelle sur tous ses dieux. Cracher sur tout
ce qui a été donné, créer tout ce qui nous a toujours manqué. Des machines
capable de combiner d’autre machines, combinant elle-même nos souvenirs, notre
conscience et notre logique. Devenir le créateur d’une machinerie bien plus
parfaite que nous. Devenir le créateur et ordonner à nos créations. La
frustration originelle.
Je me demande ce que va devenir le sexe. Quelle amélioration
serons-nous en mesure de vendre aux utilisateurs accablés ? Un suppresseur
de sueur ? Un énième organe reproducteur, conçu uniquement pour le
plaisir ? Je me demande ce que va devenir l’amour.